Alors que les rapports alarmistes sur le changement climatique se succèdent, une équipe de l’Institut de chimie et biochimie moléculaires et supramoléculaires (CNRS/Université Claude-Bernard Lyon 1) en collaboration avec l’ENS de Lyon et l’Institut de Chimie Radicalaire de Aix Marseille université propose une méthode permettant de valoriser un gaz à effet de serre puissant, l’hexafluorure de soufre, afin de générer des composés à haute valeur ajoutée. Ces résultats viennent d’être publiés dans la revue Angewandte Chemie International Edition.

imageLorsque l’on aborde le sujet du réchauffement climatique, les regards sont très souvent tournés vers le dioxyde de carbone (CO2) et l’effet de serre qu’il engendre. Cependant, bien qu’étant l’un des principaux responsables du changement climatique, le CO2 est loin d’être le gaz à effet de serre le plus puissant.

Ce titre est en effet détenu par l’hexafluorure de soufre (SF6), un gaz dont les émissions doivent être limitées suite au Protocol de Kyoto en 1997 à cause de son potentiel de Réchauffement Global 23 900 fois plus élevé que celui du CO2 et sa durée de vie dans l’atmosphère de 3200 ans. Malgré ces défauts, le SF6 est un gaz unique dont la forte densité et la grande constante diélectrique lui valent de nombreux intérêts. Il a rapidement trouvé sa place à l’échelle industrielle grâce à sa non-toxicité, son application la plus répandue étant l’isolation électrique des équipements haute-tension qui représente 80% de tout le SF6 produit.

Un enjeu scientifique majeur consiste donc à dégrader le SF6, voire même plus récemment à le valoriser pour former des produits à haute valeur ajoutée. C’est ce que propose une équipe de l’Institut de Chimie et Biochimie Moléculaires et Supramoléculaires (CNRS/Université Claude-Bernard Lyon 1/INSA Lyon/ESCPE Lyon) en collaboration avec l’ENS de Lyon et l’Institut de Chimie Radicalaire (CNRS/ Aix Marseille université).
Les chercheurs ont développé une nouvelle stratégie d’activation du SF6 dans des conditions douces menant à l’obtention d’un nouveau réactif permettant d’insérer du fluor ou des groupements fluorés (SF5) sur des molécules. Ces derniers modifient grandement les propriétés des composés organiques qui les portent et sont très recherchés, notamment dans les domaines agrochimique et pharmaceutique. Le procédé développé présente donc un double intérêt environnemental en permettant la valorisation d’un gaz à effet de serre, et en l’utilisant pour former des composés d’intérêt qui auraient autrement nécessité l’emploi de produits généralement nocifs pour être synthétisés. 

Référence

Alexis Taponard, Tristan Jarrosson, Maurice Médebielle, Lhoussain Khrouz, Julie Broggi et Anis Tlili

Metal-Free SF6 Activation: A New SF5-Based Reagent Enables Deoxyfluorination and Pentafluorosulfanylation Reactions

Angewandte Chemie International EditionAvril 2022

DOI : 10.1002/anie.202204623